Pendant longtemps, j’ai utilisé une brosse à dents électrique avec l’idée, assez répandue, que c’était forcément “mieux”. Plus moderne, plus technique, plus chère aussi : dans ma tête, elle devait donc mieux nettoyer. Sauf qu’un jour, malgré cette fameuse brosse électrique, je me suis retrouvée avec du tartre sur les dents. Et là, forcément, la question s’est posée : est-ce que cet objet est vraiment indispensable ? Est-ce qu’il est vraiment plus efficace qu’une bonne brosse à dents manuelle ? Et surtout, est-ce que son impact écologique peut se justifier ?
Parce que, soyons honnêtes, une brosse à dents électrique, d’un point de vue écologique, pose quand même un sérieux problème. Batterie, chargeur, moteur, plastique, composants électroniques, têtes de rechange, emballages… tout ça pour un geste qui, à la base, peut se faire avec un objet très simple.
Alors j’ai voulu regarder ce que disent les études. Et la réponse est plus nuancée que les slogans marketing.
Oui, les brosses électriques peuvent être plus efficaces… mais pas magiques
Les études ne disent pas que la brosse à dents électrique ne sert à rien. Au contraire, plusieurs revues scientifiques montrent qu’elle peut réduire davantage la plaque dentaire et l’inflammation des gencives qu’une brosse manuelle.
La revue Cochrane de Yaacob et al., souvent citée, conclut que les brosses électriques réduisent plus la plaque et la gingivite que les brosses manuelles, à court et à long terme. Dans un tableau repris par une revue de 2025, les résultats attribués à cette revue indiquent une réduction de plaque de 11 % à court terme et 21 % à long terme, ainsi qu’une réduction de l’inflammation gingivale de 6 % à court terme et 11 % à long terme par rapport au brossage manuel.
Une méta-analyse publiée en 2024 dans International Dental Journal va aussi dans ce sens, notamment pour les brosses électriques oscillo-rotatives : elles obtenaient de meilleurs résultats que les brosses manuelles sur la réduction de la plaque et des saignements gingivaux. Mais point important : cette méta-analyse utilisait une base d’essais cliniques issue des archives de Procter & Gamble Oral Care, ce qui invite à lire ses conclusions avec un minimum de recul, même si les auteurs indiquent un faible risque de biais pour les études incluses.
Donc, factuellement, il existe bien des données en faveur des brosses électriques. Mais ça ne veut pas dire que la brosse électrique est indispensable pour tout le monde. Une revue publiée en 2025 résume bien la nuance : chez les sujets en bonne santé, les brosses électriques sont généralement plus efficaces pour enlever la plaque et réduire l’inflammation gingivale ; chez les enfants, elles semblent aussi avantageuses ; mais pour certaines populations, notamment les personnes avec handicap physique ou intellectuel, les résultats peuvent être équivalents entre brosse électrique et manuelle. Pour les patients atteints de parodontite, de caries ou porteurs d’implants, les auteurs soulignent qu’il existe encore peu d’études comparatives solides.
Autrement dit : la brosse électrique peut aider. Mais elle ne remplace ni la technique, ni la régularité, ni le fil dentaire ou les brossettes interdentaires, ni les détartrages.
Pourquoi peut-on avoir du tartre même avec une brosse électrique ?
C’est là que mon expérience personnelle prend tout son sens. Avoir du tartre alors qu’on utilise une brosse électrique n’est pas forcément contradictoire avec les études.
Le tartre, c’est de la plaque dentaire qui s’est minéralisée. Une fois formé, il ne part plus au simple brossage. La Cleveland Clinic rappelle que le tartre ne peut pas être retiré avec le brossage ou le fil dentaire seuls : il faut un nettoyage professionnel par un dentiste ou un hygiéniste.
C’est important parce que beaucoup de promesses autour des brosses électriques donnent l’impression qu’elles empêchent tout : plaque, tartre, gingivite, caries. En réalité, elles réduisent mieux la plaque dans certaines conditions, mais elles ne rendent pas invincible. Si certaines zones sont mal atteintes, si le brossage est trop rapide, si on ne nettoie pas entre les dents, si on a une salive très minéralisante ou une tendance personnelle au tartre, celui-ci peut apparaître malgré tout.
C’est aussi pour ça qu’une revue de 2025 conclut que les professionnels dentaires devraient surtout aider les patients à améliorer leur hygiène, leur technique, les soins préventifs et les outils complémentaires, indépendamment du type de brosse utilisé. Les auteurs ajoutent que lorsqu’un meilleur contrôle de plaque est nécessaire, la brosse électrique peut être recommandée, mais qu’elle peut nécessiter un apprentissage répété pour être vraiment bien utilisée.

Le vrai problème : le bilan écologique de la brosse électrique
Là où la brosse électrique devient beaucoup plus difficile à défendre, c’est sur le plan écologique.
Une étude publiée en 2020 dans le British Dental Journal a comparé quatre types de brosses à dents sur l’ensemble de leur cycle de vie : brosse manuelle en plastique classique, brosse électrique, brosse manuelle en plastique à tête remplaçable, et brosse en bambou. L’analyse portait sur une période de cinq ans. Résultat : la brosse électrique faisait partie des pires options, avec le plus grand impact dans 15 catégories environnementales sur 16. Son potentiel de contribution au changement climatique était 11 fois supérieur à celui de la brosse en bambou.
La même étude conclut que les brosses manuelles en bambou et les brosses manuelles en plastique à tête remplaçable ont les impacts les plus faibles parmi les options étudiées.
Trinity College Dublin, qui a communiqué sur ces travaux, précise également que la brosse électrique est comparativement nocive pour la santé planétaire et que les brosses manuelles à tête remplaçable et les brosses en bambou font mieux que les brosses plastiques classiques et électriques dans tous les indicateurs environnementaux évalués.
C’est là que le décalage devient frappant : le gain d’efficacité existe, mais il est relativement modeste pour beaucoup d’utilisateurs, alors que le surcoût écologique est lourd. Une brosse électrique, ce n’est pas seulement “une brosse avec une tête à changer”. C’est un objet électronique, avec une batterie, des matériaux composites, une durée de vie limitée, et une fin de vie compliquée.
La brosse manuelle n’est pas parfaite non plus
Attention, la brosse manuelle classique en plastique n’est pas un objet écologique idéal. Elle est souvent faite de plastiques non biodégradables, difficilement recyclables, avec des poils en nylon. Une étude de 2024 sur les matériaux des brosses manuelles rappelle que ces objets, bien qu’indispensables à l’hygiène orale, posent aussi des problèmes environnementaux à cause de leurs matériaux thermoplastiques non biodégradables et non recyclables.
Cette étude suggère plusieurs pistes d’amélioration : alléger les modèles, supprimer les matériaux superflus, utiliser des matériaux moins impactants, et surtout développer des modèles où l’on ne remplace que la tête au lieu de jeter toute la brosse.
Donc le choix n’est pas simplement : “électrique polluante” contre “manuelle parfaite”. Le vrai choix écologique se situe plutôt entre plusieurs niveaux de sobriété.

Alors, que choisir ?
À mon avis, si l’on a une bonne dextérité, pas de problème particulier de gencives, pas de handicap moteur, et qu’on sait se brosser les dents correctement, une bonne brosse manuelle souple peut largement avoir du sens. Elle est simple, peu coûteuse, plus sobre, et son efficacité dépend surtout de la méthode : deux minutes, deux fois par jour, avec un dentifrice fluoré, en n’oubliant pas les zones difficiles et le nettoyage interdentaire.
La brosse électrique peut être pertinente dans certains cas : si on brosse trop vite, si on appuie trop fort, si on manque de motivation, si le minuteur aide vraiment, si on a du mal à faire les bons gestes, ou si un dentiste la recommande pour améliorer le contrôle de plaque. Mais elle ne devrait pas être présentée comme un passage obligé vers une meilleure santé bucco-dentaire.
Et surtout, elle ne devrait pas être achetée comme un gadget de plus. Si on en possède déjà une, le plus écologique est sans doute de l’utiliser le plus longtemps possible, de ne pas changer de modèle à chaque nouveauté, de remplacer seulement les têtes quand c’est nécessaire, et de déposer l’appareil en filière adaptée quand il est en fin de vie.
Alors moins de technologie, plus de technique ?
Après avoir regardé les études, je ne dirais pas que la brosse électrique est une arnaque. Ce serait faux. Elle peut être plus efficace pour réduire la plaque et l’inflammation gingivale. Mais je trouve aussi que son image de solution supérieure, presque incontournable, est exagérée.
Ce que mon expérience avec le tartre m’a appris, c’est qu’un appareil électrique ne garantit pas un nettoyage parfait. Il peut aider, mais il ne fait pas tout. Il ne remplace pas la régularité, la précision, le nettoyage entre les dents, ni les rendez-vous de contrôle.
Sur le plan écologique, en revanche, le doute est beaucoup moins grand : la brosse électrique a un impact nettement plus lourd que les alternatives manuelles les plus sobres. Et quand un objet électronique complexe vient remplacer un objet simple pour un bénéfice réel mais limité, on a le droit de se demander si le progrès est vraiment là.
Pour moi, le meilleur compromis n’est pas forcément la brosse la plus chère, la plus connectée ou la plus “intelligente”. C’est peut-être simplement une brosse manuelle bien choisie, utilisée correctement, avec une vraie attention au geste. Moins de promesses technologiques, plus de bon sens. Si tu veux d’autres news maison, bien-être, va voir notre blog.

